Aya Nakamura, artiste mondiale, cible désignée
Printemps 2024. L’éventualité qu’Aya Nakamura chante lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris provoque un déchaînement raciste sans précédent. « Ici c’est Paris, pas le marché de Bamako », clame une banderole du groupuscule d’ultradroite « Les Natifs ». La chanteuse, pourtant française, née à Bamako mais ayant grandi à Aulnay-sous-Bois, est insultée, moquée, réduite à une prétendue « étrangère » qui ne parlerait pas la langue de Molière. L’extrême droite, des plateaux télé aux réseaux sociaux, orchestre une campagne de haine. Le parquet de Paris ouvre une enquête, treize membres du groupuscule sont renvoyés en correctionnelle. Mais le mal est fait : l’artiste francophone la plus écoutée au monde a vécu l’épreuve de sa vie, résumant : « Je me suis demandé pourquoi j’ai énervé ces personnes. C’est mon langage, c’est l’énergie que je renvoie. »
Bally Bagayoko, élu, donc haï
Quelques jours après son élection à Saint-Denis, le 15 mars 2026, le maire insoumis Bally Bagayoko est victime d’une campagne de désinfection et de propos ouvertement racistes. Tout part d’une interview sur LCI où il évoque « la ville des rois et du peuple vivant ». Des internautes d’extrême droite déforment ses propos, l’accusant d’avoir déclaré que Saint-Denis était la « ville des Noirs ». L’intox est reprise en boucle. Mais le pire advient sur CNews : le psychologue Jean Doridot le compare à un « grand singe » et à un « chef de tribu ». Michel Onfray, le lendemain, le décrit comme un « mâle dominant » dans une « tribu primitive ». Des propos tenus à l’antenne d’une chaîne nationale. Le ministre de l’Intérieur parle d’« ignobles », le Premier ministre de « banalisation du mal ». Le maire porte plainte.
Le racisme à géométrie variable : pourquoi Mbappé est épargné ?
Une question dérangeante traverse ces affaires : pourquoi Kylian Mbappé, Teddy Riner, icônes nationales, sont-ils globalement épargnés ? Parce qu’ils incarnent une France qui gagne, celle du stade et du dojo. Leur noirceur de peau est tolérée, voire célébrée, tant qu’elle reste confinée au terrain de sport. En revanche, une chanteuse populaire au langage métissé, ou un maire noir qui exerce l’autorité, deviennent insupportables. Un collectif d’élus issus de l’immigration le dit sans détour : « Ce qui les dérange, c’est que des visages comme les nôtres puissent incarner la République. Que nous ne restions pas à la place de subalterne. »
La République et ses contradictions
Face à ces polémiques, les réactions des pouvoirs publics sont contrastées. Emmanuel Macron a personnellement soutenu Aya Nakamura, mais n’a pas empêché une enquête judiciaire tardive. Dans l’affaire Bagayoko, le gouvernement a condamné les propos, mais le maire a dénoncé le silence « au plus haut sommet de l’État » durant les premiers jours. Le problème est plus profond : la France républicaine se pense « aveugle » aux couleurs, mais cette fiction l’empêche de voir le racisme systémique qui la traverse. Selon le CRAN, 91 % des personnes noires en métropole déclarent avoir été victimes de discrimination.
Un sursaut citoyen nécessaire
Bally Bagayoko a appelé à un rassemblement citoyen contre le racisme le 4 avril 2026. Il martèle : « Il faut absolument qu’on soit conscients que l’extrême droite ne cesse de se propager. La situation est à un tel niveau qu’il nous faut un sursaut. » Aya Nakamura, elle, continue de chanter. Mais ces deux affaires rappellent que la devise républicaine n’est pas un acquis, c’est un combat quotidien. Tant qu’un Noir devra justifier sa légitimité à représenter la France, « Liberté, Égalité, Fraternité » restera une promesse magnifique… mais sous conditions.





