Le Chantier naval et industriel du Cameroun (CNIC) est paralysé depuis le 18 septembre 2025 par un mouvement social historique. Environ 250 employés réclament le paiement de 18 mois d’arriérés de salaires, s’élevant à 2,7 milliards de Fcfa. Le conflit s’étend aux retraités. Soixante-quinze agents partis depuis 2022 n’ont toujours pas perçu leurs indemnités de fin de carrière estimées à 963 millions de Fcfa. Certains ne reçoivent même pas leur pension de retraite.
Vêtus de noir en signe de deuil, le personnel en grève occupe quotidiennement l’entrée du siège de la CNIC à Douala, tout en assurant un service minimum. « Nous sommes à bout », confie un employé sous couvert d’anonymat. Cette entreprise publique stratégique pour la maintenance navale camerounaise sombre dans une crise profonde. Autrefois fleuron de l’économie bleue, le CNIC réalisait encore un chiffre d’affaires de 40 milliards Fcfa il y a plus de dix ans. Aujourd’hui, ses revenus annuels dépassent à peine 3 milliards Fcfa.
L’entité publique croule sous des dettes fiscales, plus de 3 milliards Fcfa, et sociales, plus de 2 milliards Fcfa envers la CNPS, sur fond de vétusté des équipements, grèves à répétition et conflits d’intérêts internes. Pour tenter de la redresser, l’État avait initié un plan de restructuration (2015-2017), marqué par une réduction drastique du personnel, passé de 800 à 300 employés. Ce plan prévoyait également la recherche d’un partenaire industriel et la mobilisation de financements pour le Yard pétrolier de Limbé, censé relancer la compétitivité de l’outil industriel.
Mais sur le terrain, les employés disent ne plus croire aux promesses de redressement. La grève actuelle témoigne d’un climat social au bord de la rupture, dans une entreprise qui fut autrefois une vitrine du savoir-faire industriel camerounais.





